A RT France, Fedorova dirige une rédaction constituée de journalistes français. Si son niveau de français rudimentaire, du moins au début, ne lui permet pas de contrôler étroitement le contenu des sujets, elle est en revanche très attentive au profil des invités, se souvient le rédacteur en chef déjà cité. Alors que les négociations sur le départ du Royaume-Uni de l’UE battent leur plein, les contributeurs conviés à s’exprimer sur le sujet devaient ainsi “être des gens qui défendaient le Brexit”, sujet qui fait l’objet d’une attention particulière, raconte la même source.
Les aventures du média russes s’arrêtent avec l’invasion de l’Ukraine. Mais celles de Xenia Fedorova se poursuivent, cette fois devant la caméra.
Depuis qu’elle a rejoint CNews début 2025, la jeune femme aux longs cheveux bruns est devenue un visage familier des téléspectateurs de la chaîne, où elle commente désormais la guerre en Ukraine et ce qu’elle décrit comme le bellicisme de l’Europe, mais aussi le conflit au Moyen-Orient.
Récemment, des propos de la star de la chaîne Pascal Praud, reprenant auprès d’un invité la thèse russe d’un conflit qui serait causé par l’expansion à l’Est de l’OTAN, a fait craindre à certains une propagation des narratifs russes bien au-delà de Fedorova.
“Elle est comme une reine” sur la chaîne, souligne André Lange, fondateur et animateur du Comité Diderot, un réseau informel de lutte contre les supports de propagande russe qui avait manifesté contre le tapis rouge déroulé à la Russe par Fayard lors de la parution de son livre.
Pour les experts et les politiques qui dénoncent la situation, le cœur du problème est la place privilégiée accordée à Fedorova, qui s’exprime sans contradicteurs et bénéficie selon les témoignages cités plus haut d’un statut à part.
Alors qu’Emmanuel Macron a promis une nouvelle loi sur les ingérences étrangères avant la présidentielle de 2027, son cas provoque des soupirs désolés dans les couloirs de la haute administration.
Les saisines de l’Arcom n’ont à ce stade produit aucun effet et les sanctions européennes visant RT n’ont ciblé que l’entreprise, pas sa dirigeante. L’octroi, en 2024, d’un titre de séjour longue durée, pointé par Le Monde et confirmé à POLITICO par une source gouvernementale, ajoute aux interrogations. Interrogé à ce sujet, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité faire de commentaire.