Deux députées veulent rouvrir des puits pétroliers

Politico News

PARIS — Les députées MoDem Geneviève Darrieussecq et Josy Poueyto souhaitent que l’exploitation pétrolière continue après 2040 en France et veulent que de nouveaux permis de recherche puissent être autorisés “lorsque les intérêts fondamentaux de la Nation, la défense nationale ou la sécurité des approvisionnements stratégiques le justifient”.

Une formule un peu large, mais “on ne sait pas, au rythme où va le monde, dans quelle situation on sera dans dix ans”, justifie Geneviève Darrieussecq auprès de POLITICO.

L’ancienne ministre déléguée aux Anciens combattants compte une concession opérée par le pétrolier canadien Vermilion dans sa circonscription des Landes et dit à POLITICO vouloir produire “tant que nous aurons besoin de pétrole et que nos armées auront besoin d’hydrocarbures”.

Les députées ont déposé un amendement à l’occasion de l’examen en commission du projet de loi actualisant la programmation militaire. Il a été retiré le mercredi 22 avril, mais Josy Poueyto a indiqué à ses collègues réfléchir à le déposer à nouveau en séance publique.

Le ministère de la Transition écologique a signalé à POLITICO s’opposer à cette volonté de dérogation à la loi Hulot. Ce texte met fin l’exploitation d’hydrocarbures en France d’ici 2040 et interdit tout nouveau permis d’explorer d’ici là.

Défense et sécurité

Après un vote au Sénat en janvier pour exempter les outre-mer de la loi Hulot, ce nouvel assaut profitait de la mise à jour de la loi de programmation militaire. Aussi bien le sénateur macroniste Georges Patient que les deux députées MoDem s’appuient sur l’argument de la souveraineté pour revenir sur les engagements climatiques de la France.

En effet, dans leur exposé des motifs, les députées justifient de continuer l’exploitation pétrolière, car “la sécurisation des approvisionnements énergétiques constitue désormais une priorité absolue pour garantir la capacité opérationnelle des forces armées”.

“Nos armées, à elles seules, consomment 1% des besoins nationaux en pétrole”, ce qui est justement la part du pétrole produit dans l’Hexagone, remarquent les élues — un argument encore récemment mis en avant par le lobby de la filière, l’Ufip-EM.

La Stratégie Climat et Défense du ministère des Armées, élaborée en 2022, estime que la disponibilité du pétrole est “un point de vigilance” entre “réduction tendancielle de l’offre”, enjeux climatiques et risques géopolitiques.

Atteindre la neutralité carbone en 2050 implique de ne pas investir dans de nouveaux projets pétrogaziers, mais au contraire de coordonner la réduction des investissements fossiles, estime l’Agence internationale de l’énergie dans son scénario prospectif sur l’objectif de contenir le réchauffement climatique à 1,5 degré.

Laura Kayali a contribué à cet article.